Voyager est-il un droit?

02.07.2021

Par avance, je vous présente mes excuses pour ce texte un peu moralisateur mais j’en ai un peu ras le bol.

Depuis un an que nous subissons la pandémie, les possibilités de voyager sont limitées. Après des années de voyages low-cost, qui ont permis à un grand nombre de personnes de visiter des contrées lointaines, le trafic aérien s’est réduit comme peau de chagrin.

Ça et là, j’entend les gens se plaindre à longueur de temps. Si je comprends que l’on regrette de ne plus découvrir le monde, je ne peux m’empêcher d’y voir un salut pour une grande partie de la planète. Au-delà de l’empreinte carbone, c’est surtout le tourisme de masse avec tout ce que cela représente de négatif que je ne peux plus supporter. Outre l’uniformisation des capitales de ce monde (les pancakes et les avocado toasts qui sont devenus la base de tout endroit branché de New-York à Lisbonne), il y a aussi cette façon insupportable que les gens ont de considérer que le tourisme est un bien de consommation.

Il y a quelques jours sur Instagram, une « influenceuse » se désolait de voir que des habitants d’un pays où elle se trouvait en vacances, soient si peu sensibles à la cause animale. Avec un texte d’une condescendance sans nom, elle se félicitait de vivre dans un pays qui vote des lois en faveur des droits des animaux alors qu’un pêcheur sur un marché voulait poser en photo avec un poisson qu’il venait d’évider (le barbare). Et s’en suivait une litanie sur les ânes et autres animaux qui servent de montures à ces pauvres ignorants qui ne se rendent pas compte de leur crime. Quand quelqu’un lui a fait remarquer qu’elle pouvait toujours choisir une autre destination de vacances, elle s’est défendue en avancant, je cite que :

1) Ce n’était pas sa destination prévue à la base, « mais avec le covid qui voyage vraiment où il veut maintenant, c’est surtout là où on peut… »

2) Qu’elle ne regrettait pas du tout son choix car elle avait envie de partir loin pour échapper à toute cette morosité parisienne (hiver, covid, couvre-feu…)

3) Qu’elle avait besoin de chaleur « à défaut de chaleur humaine et d’exotisme. Que la France avait pu lui offrir ça grâce à ce territoire français en plein coeur de l’océan indien, merci à la France d’avoir eu la bonne idée d’acquérir des îles où il fait bon vivre »…

Que peut-on en déduire à part sa grande bêtise et son manque de culture?

D’abord que comme beaucoup trop de gens, elle considère que voyager est un droit au même titre qu’aller au resto. Le restaurant de son choix est fermé tant pis elle se contentera d’un autre. La destination n’est pas une fin en soi, pourvu que l’on puisse voyager. L’idée n’est pas de découvrir, de s’imprégner d’une nouvelle culture, apprendre, non, le but est de consommer, se mettre en avant sur les réseaux sociaux et montrer de jolies plages, peu importe le pays tant que cela permet une photo et des likes.

Ensuite, bien que le monde soit en plein chaos, que des gens meurent, que d’autres perdent leurs boulots, d’autres encore ne peuvent plus boucler leurs fins de mois. Il y a un certain nombre de gens tellement egocentrés, qu’ils n’hésitent pas à chouiner sur l’impossibilité de voyager comme ils l’entendent. Savent-ils qu’il y a des millions des gens dans le monde qui n’ont jamais quitté l’endroit où ils vivent? Visiblement non.

Et pour finir, la France et les DOM-TOM, la colonisation, l’esclavage mais dans d’autres pays les conditions de vie, l’exploitation bla-bla. Peu importe le pays tant qu’on peut faire rêver, s’exhiber un micro-maillot et claquer le PIB du pays en question rien qu’avec le prix du billet d’avion.

Après le confinement et tous les bouleversements que nous avons vécu, j’ai naïvement imaginé que nous saurions tous apprécier la chance que nous avions de vivre comme des privilégiés (et je vous rappelle que je suis au chômage), que nous traiterions les autres et notre planète avec un peu plus de respect mais surtout que nous comprendrions enfin que rien ne nous est dû. Naïvement, j’ai dit.

Voyager est une chance incroyable et pouvoir aller dans des pays inaccessibles il y a peu, est formidable. Mais à quoi cela sert-il si les gens continuent de penser avec une mentalité de dominants ? Nous « les sachants » « les justes » eux « les pauvres » et « les sauvages ». Pire encore le ton condescendant et paternaliste « oh les pauvres qui ne savent pas et qui n’ont pas notre chance ». Si certains pensent que la vie, la vraie, la juste, la propre est ici, bonne nouvelle vous pouvez rester chez vous. Si l’exotisme fait joli sur les photos mais vous donne la nausée, bonne nouvelle, vous pouvez continuer à prendre le métro. Pour ceux qui s’autorisent à prendre des petits noirs, jaunes, bruns en photo car ils sont si choux. Penseraient-ils en faire de même en prenant des enfants blancs à Londres ou Stockolm (ils sont pourtant aussi choux) ? Inutile de poster des carrés noirs sur Instagram, des discours féministes et des appels aux dons pour les démunis si c’est pour se comporter aussi mal.

Et pour finir, mettons un peu les choses en perspective. Si une pandémie et une restriction de nos déplacements ont causé des scènes d’hystérie dans les gares et sur les routes, si certains ressentent un besoin vital de fuir la grisaille et le Covid * alors peut-être pourrions-nous avoir un peu plus de tolérance vis à vis de ceux qui fuient leurs pays en guerre ou pauvres ?

 

Promis le prochain post sera plus léger 😉

* j’ai décidé de ne jamais dire la Covid… ja-mais

 

2 Commentaires

  • Justine dit :

    Ta conclusion ! et bam ! Ton texte est tellement juste, il mériterait d’être lu par tous !!!

    J’ai eu cette même réflexion cet été en me retrouvant à une table avec une amie d’un ami, se désolant de l’annulation de son voyage à Bali cet été et croisant les doigts pour son voyage au Brésil en novembre…. Elle m’a dégoûtée ! Mais je pense qu’il y avaiit là aussi un peu de jalousie de ma part.

    Bon, en rapport avec les propos choquant de l’influences, malheureusement, comme le dit ma mère : « La crise du covid met tout en relief, les cons deviennent encore plus cons, les sensibles deviennent encore plus sensibles » ça marche avec tout…

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