Good hair
Hier sur les conseils de mon frère, j’ai regardé « Good hair » le documentaire de Chris Rock consacré au rapport compliqué que les femmes noires entretiennent avec leurs cheveux. Je crois que seules les femmes noires peuvent comprendre ce rapport névrotique. C’est bien simple toute leur vie tourne autour de ça. Qu’elles les portent afros, défrisés, tressés ou tissés elles passent un temps inouï à s’en occuper. Elles? euh je veux dire nous car aux dernières nouvelles noire je le suis même si c’est à moitié. Mes cheveux c’est toute ma vie. J’aimerais pouvoir ne pas y penser et je comprends que dans mon entourage on me prenne un peu pour une folle ou une fille un brin superficiel mais je ne peux pas faire autrement.Comment vous expliquer?
D’abord il faut savoir que petite pour respecter une tradition mon père m’a rasé le crâne. Pas une fois, non, deux fois, histoires d’avoir de beaux cheveux. De beaux cheveux je ne sais pas mais des cheveux bien épais c’est certain. Dans les années 70, j’arborais donc une superbe chevelure afro digne des Jackson Five. Puis j’ai grandi et mes cheveux sont restés mi frisés, mi crépus mais surtout trèèèèèèèèès nombreux. Ah ce que j’ai pu envier mes copines et leurs cheveux longs, leurs couettes, leurs queues de cheval. Tout ce qui m’était interdit. Alors forcément j’en rêvais. Je me voyais courir en dodelinant de la tête pour faire bouger ma queue de cheval. J’imagine que vous devez trouver ça idiot mais pour moi c’était le rêve absolu.
De temps en temps pourtant mon rêve devenait presque réalité puisque je me faisais poser des rastas. Je pense que ce mot doit être complètement ringard. C’était des rajouts de cheveux synthétiques que des femmes sénégalaises me tressaient pendant des dizaines d’heures. Mais je supportais tout cela sans broncher car c’était pour moi l’accès à de multiples possibilités et l’impression d’être comme mes copines.
Puis vint le lycée et mes premières expériences plus au moins heureuses. D’abord les curls, entendons par là, les cheveux bouclés sur le principe des mise en plis. C’était plutôt joli mais il y avait un inconvénient de taille, le traitement. Tous les matins pour garder cet aspect bouclé mouillé, je devais asperger mes cheveux d’un soin qui dégoulinait sur mes épaules. Inutile de vous dire que j’en ai vite eu assez de devoir attendre presque une heure avant de pouvoir m’habiller. J’ai donc opté pour le défrisage. D’abord à Paris puis à Strasbourg. Je ne sais pas si vous êtes déjà allés dans un salon afro mais cela n’a rien de commun avec un salon traditionnel. C’est comment dire… exotique. Le temps n’a plus d’importance, l’hygiène pas toujours non plus. Chaque année je me rendais une ou deux fois dans un salon à l’autre bout de la ville dans un des pires quartiers de la ville. Mais que ne ferait-on pas pour ses cheveux. Quelques mois plus tard la mère d’une amie qui était coiffeuse m’a assuré pouvoir me faire des brushings. Car si j’avais les cheveux défrisés cela ne signifiait nullement que j’avais des cheveux raides juste qu’ils étaient plus souples. Donc voilà que cette coiffeuse décide gentillement de me faire des brushs, le pied. Sauf que, sauf que ben ne fait pas de brushing à mes cheveux qui veut et cette dame plus habituée aux cheveux violets de vieilles dames me transformait en créature étrange. Un savoureux mélange de Robert Smith et Bill de Tokio Hotel. Un drame, en somme.
Les choses ont vraiment changé lorsque j’ai franchi la porte d’un salon Biguine et qu’une de leur coiffeuse m’a fait un vrai brushing. Je crois que je l’ai vénéré comme si j’avais vu la Vierge. Elle a changé ma vie et je l’ai suivi dans plusieurs salons. Depuis j’en ai eu plusieurs mais je reste toujours fidèle à celui ou celle qui transforme mes cheveux. Sauf que tout cela a un coût et un plutôt important. Comme beaucoup de mes soeurs de cheveux quelque soit la coiffure adoptée, je consacre un énorme budget à mes cheveux. Pas en produits comme certaines d’entre elles mais en coiffeurs. Car pour qu’ils soient toujours impeccables, je suis obligées de m’y rendre toutes les semaines. Oh bien sûr j’ai un fer à lisser mais j’ai une telle masse de cheveux qu’il me faut 2 heures et de sacrés biceps pour venir à bout de cette tignasse.
Oh je vous entends là. Oui vous les filles aux cheveux raides, je vous entends me dire » Oh tu devrais les laisser frisées. Oh j’aimerais bien te voir au naturel » . Au naturel mais c’est ça pour moi le naturel. Si je vous jure. Parce qu’avec les cheveux bouclés j’ai l’impression d’être une autre. Plus floue, plus enfantine, plus hippie. Avec les cheveux raides j’ai l’impression de contrôler les choses. Névrotique je vous disais.
Mais je ne sais pas un jour peut-être que je me laisserais aller et qu’après les avoir coupés courts je laisserais mes cheveux reprendre leur vie et moi la mienne. Une vie où je pourrais aller à la piscine ou au hammam sans devoir programmer un rendez-vous chez le coiffeur. Une vie où je pourrais sortir sans parapluie. Une vie où je pourrais prendre une douche sans prendre soin de protéger mes cheveux. Une vie cool.
Pour avoir le point de vue d’une fille qui s’est libérée de tout ça, allez faire un tour chez la Lionne à qui les cheveux afros donnent au contraire beaucoup de personnalité.
Edit: Visiblement j’ai blessé certaines personnes avec ce post et j’en suis désolée. Celles qui ont l’habitude de me lire savent que j’ai tendance à exagérer le trait et être ironique mais mon but n’était nullement de stigmatiser ou caricaturer. J’ai peut-être été maladroite. Quand je parle des salons afros ce sont ceux d’il y a 20 ans et quand je dis « exotique » c’est pour insister sur le dépaysement que j’ai éprouvé pas pour dire que les noirs sont exotiques… Bref je m’embrouille mais je voulais m’excuser si j’ai été blessante ce n’était pas mon intention.




