Parties

01.19.2018

. Mai 2016.On s’était croisées dans la rue. Des mois qu’on ne s’était pas vues. Nos enfants avaient fréquenté la même crèche. Son fils est le 1er dont j’ai entendu parler en inscrivant le mien car ils portaient le même prénom. Puis nous avons été enceintes du 2ème quasi en même temps. On s’est vues presque tous les jours, matin ou soir pendant 3 ans.

On s’est croisées dans la rue. Contentes de se revoir, chacune avec son 2ème, les amoureux de la crèche. Ils faisaient les timides, c’était drôle. Ils avaient beau ne plus être dans la même école, Anna en parlait encore comme de son amoureux. On a papoté, on s’est promis de se revoir très vite pour un apéro. La fin de l’année scolaire est un peu speed, puis je pars avec les enfants à Paris. Fin août avant la rentrée, on s’est promis.

. Juin 2017. Ce matin, je m’occupe des faire-parts au travail, je prends la pochette où nous gardons ceux qui doivent paraître en même temps que la famille. Je l’ouvre, je regarde. Le prénom, le nom de l’entreprise. C’est bizarre, on dirait que c’est elle. Je fais ce que je n’ai jamais fait en 16 ans de boîte, j’appelle l’entreprise. Je dois être sûre qu’il s’agit bien d’elle. Sa collègue est encore très émue. Oui c’est elle. Un an, un an qu’on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Ils ont cru il y a quelques mois qu’elle allait s’en sortir et puis ça s’est généralisé. Elle a souffert, c’était dur, c’est injuste elle n’avait que 40 ans et 2 enfants. Ce jour-là, j’ai pris une claque d’une violence sans nom. C’est impossible, on devait se revoir, nos enfants, on allait les voir grandir et les charrier sur leur béguin de crèche. Il y a 2 jours, Anna m’a demandé quand est-ce que j’allais appeler la maman de M. pour prendre un apéro. J’ai promis de le faire, j’ai promis à Anna.

Je suis restée choquée et sidérée pendant des semaines pour ne pas dire des mois. Je n’ai pas pu aller à l’enterrement, j’ai acheté une carte de condoléances que j’ai fini par jeter au bout de 6 mois, incapable de l’écrire sans pleurer.

J’ai commencé à avoir des insomnies, des crises d’angoisse. J’entendais sa voix, je pleurais à chaque fois que je pensais à ses fils, à son mari. Je n’ai toujours pas effacé son nom de mon téléphone. Le cancer est devenu une obsession et j’ai commencé à sombrer si ce n’est dans la dépression dans une grande déprime dont je n’arrive toujours pas à sortir.

. Novembre 2017. ” -Tu as appris pour J?  -Non, qu’est-ce qu’elle a? – Elle avait mal à la gorge depuis quelques  jours, elle a été consulté, cancer de l’œsophage…c’est pas joli”.

J’ai essayé de ne pas me laisser envahir par l’angoisse mais elle est revenue. Encore plus fort qu’avant. Si chez certains, ce type de situation pousse à profiter de l’instant, pour moi c’est comme un coup de massue. Les insomnies ont recommencé, la peur de mourir, de laisser les enfants, de souffrir. On ne peut pas aller consulter pour un mal de gorge et ressortir avec un cancer et de la chimio, c’est impossible. On ne peut pas partir à 40 ans en laissant, 2 enfants, c’est impossible.

J. est partie, il y a 2 jours, elle est partie à 40 ans, elle aussi. Ce n’était pas mon amie, mais je l’aimais bien. Moi qui ne retiens jamais les prénoms de personnes dans cette boîte, je connais le sien. Je connaissais son visage, son sourire, sa voix. Je savais qu’on pouvait compter sur elle, je savais qu’elle était gentille et je sais maintenant qu’elle n’est plus là.

Il va tout de même falloir continuer, vivre encore plus fort, rire encore plus fort, aimer encore plus fort et surtout profiter de chaque instant. Il va falloir mais pour l’instant j’essaye de juste de réaliser.

 

 

Crédit Photo: Callie Mc Muffin

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10 Commentaires

  • Daphné @ be frenchie dit :

    Ton émotion transparaît entre les lignes. J’ai cette angoisse sourde aussi, depuis que je suis maman. Pas par peur de ne plus être là, mais juste par peur de laisser mes enfants seuls dans le vaste monde. Parce qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait, parce que la vie est précieuse, et que c’est justement ce qui donne du sens à nos existences.

    On a beau jouer les mamans fortes, quand toute la maison dort, le soir, on file silencieusement poser un dernier baiser sur leurs fronts endormis, parce qu’on ne sait pas ce qui se passera demain. Puis-je t’embrasser aussi ?

    • Wafa dit :

      J’ai toujours eu très peur de la mort mais avec l’arrivée des enfants d’autres choses entre en compte. J’ai vécu la perte d’un parent et même si moi j’étais jeune adulte je sais l’impact que cela a eu sur ma soeur 😉
      Profitons de chaque moment

  • Anne-So Les Moustachoux dit :

    C’est dur, c’est injuste, une vraie loterie. Beaucoup trop de départs autour de nous en ce moment aussi. Je t’embrasse.

  • Elena dit :

    Wafa, je suis passée par là et aujourd’hui je vais mieux. Ipocondrie , dépression et peur de la maladie. Lorsque j’ai commencé à paniquer sur les ensfants alors j’ai consulté et jài fait de l’hypnotherapie. Ça va mieux , je dors et je ne fais plus de crise de panique. Je te comprends.
    Elena

  • Houda dit :

    Je lis parfois ton blog. Je le trouve agréable à lire. Et j’avoue. J’envoie ta jolie famille. Je suis tombée sur ce post et j’ai pleuré. Maman a un cancer du sein. J’espère qu’elle va s’en sortir. Alors j’ai passé un pacte avec Dieu. J’ai 42 ans. J’ai divorcé et je n’ai pas eu la chance d’être maman. Je me plaignais toujours des petites choses futiles qu’on n’a pas dans la vie. Du coup j’ai demandé à Dieu de me laisser ma mère. Ensuite je ne demande plus rien. J’accepterais ma vie telle qu’elle est.

    • Wafa dit :

      Oh Houda, je suis désolée pour ta maman. J’espère de tout cœur qu’elle ira mieux. La vie peut être parfois très compliquée mais il ne faut pas envier les autres tu sais derrière une porte on ne sait pas ce qui se passe. Je te souhaite le meilleur, je crois très fort qu’on a tous une belle chose qui nous attend. Courage !

  • Miss Zen dit :

    Ton billet m’a tellement bouleversée que j’ai mis du temps à laisser un commentaire. Il faut dire que je venais aussi d’apprendre le décès d’une ancienne collègue et je venais de découvrir le billet de Café Mode “un cancer pas si grave”.
    Après la mort de mon père, j’ai commencé à avoir des angoisses de mort et de cancer : c’était terrible et j’ai vraiment failli perdre pied. Je souffrais tellement, je me disais “mais si je souffre autant à 40 ans comment Antoine pourra survivre si je meurs”. Ca m’a poussé à changer radicalement ma vie et à me rapprocher géographiquement de ma famille. J’ai consulté quelqu’un de formidable qui en quelques séances m’a permis d’avoir un déclic et de prendre un peu de distance avec mes émotions. J’ai encore des peurs. Je viens de passer ma mammo annuelle dans un grand état de stress. Mais j’arrive à prendre du recul et pourtant autour de moi, c’est l’hécatombe : ma meilleure amie, ma tante, le mari d’une amie sont en train de lutter. Je crois que j’aurai toujours peur de laisser mon fils, de ne plus pouvoir m’en occuper mais ça ne m’empêche plus de vivre et j’essaye de profiter un maximum de mes beaux moments. Je crois qu’Antoine a absorbé malgré moi une partie de mes angoisses. J’essaye de l’apaiser, que notre vie soit joyeuse et positive et confiante et d’être toujours optimiste.
    Voila ton billet m’a vraiment touchée, je me suis retrouvée dans ton chagrin et tes angoisses. J’espère que tu trouveras ta manière de surfer sur ces peurs universelles mais tellement plus terrifiantes quand on a de jeunes enfants.

    • Wafa dit :

      L’annonce de Géraldine n’a pas aidé c’est clair. Mais comme tu l’as dit un changement s’impose, je crois que cette angoisse de la fragilité c’est aussi un signal. Reste à savoir comment bouger…
      Bisous

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