Mon petit zèbre

08.27.2018

Des questions plein la tête

Attention billet un peu long car le sujet me tient à coeur. Il y a quelques jours j’ai reçu un mail qui me présentait un livre pour enfants sur le thème des enfants zèbres. Un petit zèbre, j’en ai un à la maison et ensemble nous avons vécu beaucoup d’obstacles. Alors ce thème bien sûr me parle beaucoup et j’avais envie de découvrir ce livre. L’histoire est celle de Zarbi, une petite fille qu’on appelle zèbre, pour qui tout est compliqué. Des questions plein la tête, des peurs et un décalage avec les autres qui peut rendre malheureux mais aussi un cerveau qui pense dans tous les sens. Avec Noah et sa soeur nous avons lu cette histoire et en avons beaucoup parlé. Lui ne se sent pas bizarre bien sûr, mais des questions il en a beaucoup, des angoisses tout autant et un décalage évident avec la plupart des enfants de son âge. Car Noah ne pense pas comme tout le monde et nous l’avons compris dès tout petit.

Quand il avait 3 semaines, un mois, ce qui nous frappait beaucoup c’était sa capacité à nous fixer. Il était bébé mais avait déjà l’air de s’interroger. Il avait d’ailleurs une boucle en forme de point d’interrogation sur la tête qui faisait rire tout le monde. Il était sérieux, attentif et très petit dormeur. A 18 mois les siestes n’existaient plus et que ce soit à la crèche ou plus tard en 1ère année de Maternelle, il ne dormait jamais. Par chance ça n’en faisait pas du tout un enfant grincheux ou excité.

 

Il ne fera jamais d’étude supérieur c’est impossible…

 

Jusqu’à son arrivée en Maternelle, les choses allaient plutôt bien. Le premier jour, il faisait partie de rares enfants à ne pas pleurer. Il a pris un puzzle (sa passion à l’époque), s’est installé à une table et nous a dit “Salut vous pouvez partir maintenant”. Il parlait très bien, bien que né fin décembre, il était à l’aise. Mais rapidement la maîtresse a commencé à nous faire des réflexions. Il ne dormait pas, ce qui soyons clair l’emmerdait car en plus elle était directrice. Il était dans son monde, difficile d’accès et blablabla.

Puis est arrivé la moyenne section et une instit ignoble qui l’a pris en grippe dès le début. Il n’a jamais fait la moindre crise pour aller à l’école pourtant, elle le trouvait chouineur, capricieux. Il ne savait pas tenir son stylo correctement, horreur “il ne fera jamais d’étude supérieur c’est impossible”. Elle distribuait une page du calendrier chaque jour à un enfant et il aura fallu presque 2 trimestres pour que Noah éclate en sanglots en nous disant qu’elle refusait de lui en donner.

Inutile de vous dire son plaisir à l’humilier lorsque nous avons osé poser la question. C’était notre premier enfant, celui avec lequel nous découvrions l’école et étant très respectueux de cette institution, nous n’avons pas su donner les bonnes réponses. La dernière année s’est passée calmement mais sans grande joie non plus mais la douleur est arrivée avec l’entrée d’Anna en Maternelle. Elle a eu exactement les mêmes instits mais contrairement à son frère elle était l’élève chouchou. Pas un matin sans qu’elle n’arrive à l’école en pleurs et pourtant nous n’avions le droit qu’à des louanges et bien sûr des comparaisons.

Ils étaient dans la même école, Noah ne disait rien mais il comprenait très bien ce qui se passait. Notre chance c’est qu’il n’en a jamais tenu rigueur à sa soeur et qu’elle l’a toujours protégé. Nous n’avons jamais pensé qu’il était plus intelligent que les autres. Dans son monde, avec des questions constantes sur la politique ou Dieu mais pas plus intelligent . Très vite, nous avons compris après avoir dû lui expliquer à 4 ans la loi Macron, qu’il ne serait pas de droite, ni sportif, mais à part ça rien de spécial.

 

Pour moi c’était la fin du monde

 

L’entrée en CP le rendait donc très heureux. Il commençait à lire, il avait envie d’apprendre mais rien ne s’est passé comme prévu. D’abord malgré mes demandes à la Directrice, il s’est retrouvé sans ses rares amis. Puis très vite, il a décroché et pour la première fois nous a dit détester l’école. Un mois après la rentrée, nous avons été convoqués par la maitresse. Enfant qui n’écoute pas, ne semble pas comprendre les instructions, n’écrit pas correctement, se renferme, pour moi c’était la fin du monde.

J’en ai parlé au pédiatre, en disant qu’il devait avoir un problème, les oreilles, la vue, la tête, je ne savais pas quoi mais il avait un problème. Le pédiatre m’a écouté avec attention puis m’a dit dans un grand sourire “Faites toutes vos investigations et revenez me voir pour parler de Noah. je le connais bien, je le vois grandir et je pense qu’il n’a rien du tout mais alors rien du tout. Appelez-moi et je vous parlerais de mon idée. ORL, ophtalmo, orthophoniste, rien à signaler. J’ai donc rappelé le pédiatre, désespérée et il m’a pour la première fois parlé de précocité. J’ai ri, qu’est-ce que j’ai ri. J’adore mon fils mais pour moi un enfant précoce c’était un enfant surdoué, au-dessus de la moyenne, avide de savoir, grand lecteur. J’en connais et mon fils n’y ressemblait pas du tout. J’ai tout de même acceptré de lui faire passer le test. Il nous a fallu attendre encore 3 mois pendant lesquels Noah était toujours malheureux à l’école. C’était pareil pour nous surtout que je ne croyais pas du tout à l’idée de la précocité.

 

Tu savais qu’Einstein était considéré comme débile lorsqu’il était enfant ?

 

Je me souviens qu’un jour mon amie Alex m’a dit “Tu savais qu’Einstein était considéré comme débile lorsqu’il était enfant?”. J’ai trouvé ça drôle et je me suis accrochée à cette idée (je ne pensais pas qu’il était un futur Einstein, je vous rassure). Et puis un jour nous avons eu rendez-vous avec Carole, une dame avec des lunettes et un grand sourire. On lui a raconté notre histoire, Noah s’en fichait complètement, j’ai pleuré, un peu, beaucoup et puis elle a discuté avec Noah. Une semaine plus tard, elle le voyait seul pour le test et nous avons attendu encore quelques jours avant qu’elle nous en donne les résultats.

Votre enfant est différent, il fait partie des 2% de personnes qui pensent un peu différemment des autres. Il est intelligent, mais ne sait pas comment gérer toutes les choses qui se bousculent dans sa tête. Il va falloir qu’il apprenne à gérer ce cadeau qui peut parfois sembler empoisonné mais qui est une chance.

 

Oh tu sais, pendant des années tous les enfants étaient hyperactifs aujourd’hui ils sont tous précoces

 

J’ai pleuré, beaucoup pleuré. Les choses auraient été tellement plus simple, si j’avais eu un petit génie. Tout le monde aurait compris, il aurait suffit qu’il saute une classe ou deux et voilà. Moi j’avais un questionneur, un peu mal à l’aise dans ses mouvements., capable de pleurer à chaudes larmes pour un mot, toujours un peu décalé. Alors nous avons continué à voir Carole pendant plusieurs mois. Noah a changé, s’est ouvert. Il s’est fait un bon copain, puis un deuxième et n’a plus pesté contre l’école. De notre côté, nous avons lu beaucoup et appris à ne pas en parler à tout le monde. Je me souviens encore de manière désagréable, d’une copine institutrice et de son sourire me disant “Oh tu sais, pendant des années tous les enfants étaient hyperactifs aujourd’hui ils sont tous précoces”.

Sa maîtresse a fini par comprendre par elle-même au CE1, nous en avons parlé et les choses se sont apaisées. En CE2, nous avons essayé d’aborder les choses avec sa nouvelle institutrice mais sans succès.

 

Il veut gagner beaucoup d’argent mais prépare aussi sa révolution anti-Macron

 

Noah entre en CM1, il n’est pas le meilleur de la classe, ne comprend pas l’intérêt d’apprendre par coeur ses tables de multiplication. Mais il a 3 supers potes (inutile de vous dire quel profil ils ont). Ils sont ceux qu’on choisit en dernier pour faire des équipes mais les premiers à mettre en place des stratégies de guerre, des concours de toupies Beyblade ou à inventer de nouveaux Pokémon. Noah dessine beaucoup de bd, dévore les mangas, apprend le japonais mais ne connait pas sa table de 8, peut passer des heures à inventer des personnages, garde tous les cartons, tubes ou autres objets lui permettant de fabriquer des robots ou des machines. Collectionne les cartes de visites ” car un jour j’en aurais besoin”, fabrique et vend des éventails 2€ à toute la famille sans aucune pitié car il veut gagner beaucoup d’argent mais prépare aussi sa révolution anti-Macron qu’il juge trop de droite je ne vous raconte pas le résultat des élections (sa soeur était fan de Macron).

 

Croire en Dieu

 

Ne comprend pas que l’on puisse croire en Dieu en ayant toute sa tête, dit tout ce qu’il pense sans aucun filtre, à peur d’un nombre incalculable de choses mais à une grande confiance en lui. Il pense être doué en sport, je n’ose pas lui dire la vérité.

 

Pourquoi les parents savent prédire l’avenir ?

 

Nous, moi, j’apprends à ne pas me vexer, ni hurler quand il me dit “ce que tu viens de dire est un peu bête.”, me demande avec un grand sourire “pourquoi les parents savent prédire l’avenir ?” parce que je viens de lui dire “tu vas finir avec une bosse sur le dos à force de mal te tenir”. Il a des théories sur  tout, nous devons peser chaque mot sous peine de drame mais il a aussi un humour terrible et des idées géniales.

En fin d’année, la Directrice nous a annoncé qu’une référante interviendrai à la rentrée car il y a 4 zèbres dans l’école et qu’elle veut tout faire pour les aider.

En attendant nous grandissons avec lui. C’est parfois dur, je me sens très souvent démunie et pas à la hauteur, nous allons voir Carole régulièrement et je n’arrive pas toujours à gérer ses émotions ou son côté “je suis à coté de la plaque” mais c’est aussi un vrai bonheur d’avoir un fils si chouette, gentil, bienveillant et intelligent.


Zarbi, enfant zèbre
de Suzanne Galéa et Floriane Ricard
aux éditions Rue de l’échiquier

 

10 Commentaires

  • Julie dit :

    Je te lis depuis un moment, je ne commente jamais. Je suis maîtresse et désespérée de lire la réaction qu’ont encore certains de mes collègues… J’ai déjà rencontré des petits zèbres dans ma classe. J’espère que vous rencontrerez des enseignants bienveillants. Tes mots transpirent l’amour que tu lui portes, je vous souhaite le meilleur.

    • Wafa dit :

      Bonjour Julie, Je pense qu’il y a un manque de formation, d’informations et une fausse idée qui consiste à croire que les enfants à HPI sont des petits génies. Visiblement les choses devraient changer cette année car la Directrice a pris conscience de certaines choses. Je croise les doigts

  • Julia dit :

    J’ai connu quelque chose de similaire avec ma fille. la scolarite a ete tres dure jusqu’au cm2. On est aussi passe par les psy, les tests, la referente du rectorat. idem pour mon neveu. Aujourd’hui elle va entrer en 4e et a de tres bons resultats quand on sait que tout etait souffrance avant ça fait du bien. il reste toujours le decalage avec les autres du coup relations amicales difficiles et gestion des emotions. Je trouve toujours assez dingue que les profs ne sachent pas toujours quoi faire avec ces petits zebres. plein de courage le plus important c’est d’etre present et bienveillant comme tu l’es ! de l’amour !

  • elena dit :

    Coucou Wafa, juste un petit mot pour te dire que ton billet m’a beaucoup emue. Je vous souhaite beaucoup de courage! Je vous embrasse, Elena

  • sophinet dit :

    Bonjour Wafa,
    je suis maman de deux grands zèbres (18 ans et demi et 14 ans et demi, très important le demi …) et enseignante aussi.
    Que dire … si ce n’est que je me retrouve dans TOUT ce que vous avez écrit (les tables de multiplications avec l’aîné …. je suis prof de maths).
    Parce que je connais les codes de l’école, nous ne sommes pas allés contre avec leur papa et nous en avons entendu de toutes les couleurs … De belles personnes ont été là au bon moment, malgré tout.
    Pour vous rassurer, le cadet entre en seconde et l’aîné en école d’ingénieurs après deux années de classes préparatoires … scientifiques !!!
    Nous pouvons échanger si vous le souhaitez car il y a tant à écrire.
    Je vous embrasse bien fort
    Bonne rentrée

    • Wafa dit :

      Bonjour Sophie,

      Je suis heureuse de lire ça et curieuse aussi de savoir comment se sont faits les déclics notamment en math. J’ai toujours était très mauvaise en math et je ne sais pas comment l’y intéresser. Je veux bien des astuces.

  • Audrey dit :

    6h45 mon réveil sonne et je ne sais pas pourquoi, un petit tour sur Instagram, je tombe sur ta photo de Noah et le livre Zarbi… Direction ton blog pour en savoir plus et j’en ai eu les larmes aux yeux. Maman de 3 enfants, nous avons son père et moi, depuis la naissance de notre aîné, le sentiment que notre fiston est un peu “différent”. En quoi ? Tellement difficile à dire, c’est plein de détails qui font de lui un être spécial, très intelligent, extrêmement mature (trop) sur certains points et absolument pas sur d’autres, mais surtout qui nous déstabilisent au quotidien. Ce petit monsieur vient de faire sa rentrée au CP et nous sommes au début des investigations… J’aimerais beaucoup échanger de tout ça avec toi.

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