Être noir.e

05.31.2020

C’est étonnant de voir que lorsqu’un acte raciste est commis aux Etats-Unis, il devient viral (et à juste titre) alors que la même chose arrive chez nous sans que cela émeuve beaucoup.

Depuis une semaine et la fameuse avec Camélia Jordana, je me sens un peu mal à l’aise. Lorsque j’ai découvert le lynchage dont elle était l’objet j’ai eu envie de dire beaucoup de choses mais je n’ai rien fait. Pas envie de retourner dans l’éternel débat complètement faussé de ceux qui nous explique comment penser au nom de leur fameuse liberté d’expression et qui sont si prompts à vous ordonner de la fermer lorsque vous osez parler.

Je me suis demandée si Camélia avait eu les faveurs d’un appel présidentiel à l’instar d’un journaliste raciste et d’un humoriste misogyne.

Sans doute que non.

On peut vomir sur les noirs et les arabes en toute liberté, se faire cracher dessus ou insulter par une seule personne et du coup provoquer manifestation de soutien, appel du président et débats passionnés sur la LIBERTÉ d’expression.

Mais lorsque l’on dit juste une évidence mais qu’on a le défaut d’être une femme, un mec de banlieue ou pire un musulman et bam c’est la guerre. Procès d’intention, fouille en règle du passif, insultes, menace de mort et  j’en passe.

Puis est arrivé le meurtre de George Floyd et la vague d’émotion et de colère qu’il a provoqué. Tout d’un coup, on dit les mots: racisme, violences policières, discriminations. Oui, ces mots existent mais en France, on ne peut les aborder que lorsqu’ils concernent les autres.

Mais ces mêmes personnes sans aucun doute plein de bonnes intentions, ignorent que dans ce pays être noir.e ou basané.e vous condamnent à vivre avec méfiance.

Non se balader dans la rue quand on est un homme noir, ne signifie pas la même chose pour un blanc. Être noir dans la tête des gens vous associe immédiatement à l’animalité. Quand on voit une belle femme noire, on la compare à une panthère, une gazelle ou une liane (?!?). et il en va de même pour un homme sera automatiquement considéré comme une bête. Il suffit de voir les termes employés pour parler des mannequins ou sportifs noirs. Et si vous le faites remarquer on vous répond qu’il s’agit d’un compliment. De même que le sexe est clairement associé à la couleur, je ne vous fait pas un dessin concernant la réputation de homme noir.

Eh oui dans la tête de beaucoup, même des gens bien sous tous rapports les clichés ont la vie dure. Les noirs courent vite, ont le rythme dans la peau, sont nonchalants, sont très portés sur le sexe.

Quel.le noir.e n’a jamais entendu des « amis » lui balancer une phrase du type « tu dois savoir danser, courir puisque tu es noir.e ».

Ces clichés ne sont pas simplement blessants et idiots, ils ont aussi des conséquences extrêmement graves. Ils participent à la déshumanisation et conduisent  à la violence et au mépris.

Lorsque vous allez à l’hôpital, on vous soupçonne d’avantage d’exagérer vos symptômes. Le fait d’avoir l’ image inconsciente d’une animalité chez les noirs fait que l’on considère que vous pouvez plus supporter la douleur. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, une femme noire a cinq fois plus de chance de mourir en couche qu’une blanche de même niveau social.

Et il y a toutes les vexations du quotidien.

Les gens qui vous demandent votre origine alors que vous êtes nés en France. Qui vous parlent comme si vous n’étiez pas capables de comprendre, qui s’étonnent que vous parliez si bien le français, qui vous tutoient d’office ou qui ne veulent pas vous parler.

Ceux qui vous soupçonnent d’être un voleur potentiel, un agresseur potentiel. Un homme noir ou arabe se fait contrôler 20 fois plus qu’un blanc.

Ceux qui remettent systématiquement vos compétences en doute et vous orientent vers une voie professionnelle plutôt que classique, qui soupçonnent la discrimination positive si vous êtes dans un bon établissement, ou qui vous refusent certains postes car les clients ne sont pas « prêts ».

Et il y a pire: les gens qui pensent ne pas être racistes. Ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de blaguer sur votre couleur ou votre origine. Mais c’est pour rire. Ceux qui disent « Black » parce que noir ça fait insulte tu comprends?. Ceux qui vous touchent vos beaux cheveux crépus mais qui courent se faire un brush. Ceux qui vous draguent persuadés que vous êtes hyper sensuel.le comme tous les noirs. Ceux qui vous complimentent parce que vous êtes gentil.le pour un noir (véridique). Ceux qui vous expliquent qu’ils ne sont pas racistes et de gauche mais qui accusent toujours les camarades noirs ou arabes de l’école de leurs enfants d’avoir une mauvaise influence alors que la petite tête blonde est forcément un ange.

Je pourrais encore écrire pendant des heures mais j’ai peur que quelqu’un vienne me dire qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier car tous les blancs ne sont pas comme ça.

Alors pour finir je voudrais juste vous dire que comme le disait ma grand-mère « ne sent le feu que celui qui a le pied dessus ».

Un homme ne pourra jamais savoir ce que c’est que d’être une femme et se sentir vulnérable dans la rue.

Un hétéro ne ressentira jamais les difficultés d’un homo.

Alors si vous n’avez jamais subi toutes les choses citées plus haut, si vous n’avez jamais appréhendé le fait d’entrer dans un endroit à cause de votre couleur, si on n’a jamais refusé de vous servir car vous êtes noir (il y a 3 ans dans le Luberon) , si on ne vous a jamais traité de nègre, si vous pouvez aller n’importe  où sur la terre sans vous demandez si c’est safe. Je rêve d’aller dans plein d’endroits aux US mais je sais que je n’y serais pas forcément bien accueillie a contrario de mon mec. Tout comme je me souris quand certains d’entre vous me conseilliez gentiment l’année dernière de ne pas réserver au Portugal et de dormir chez l’habitant. Je pourrais vous parlez du chauffeur Uber qui a refusé de nous prendre lorsqu’il m’a vu.

Si vous avez la chance de ne rien connaître de  tout ça, pitié, écoutez, soutenez, manifestez mais n’expliquez pas à un.e noir.e que le racisme n’existe pas dans toutes les strates de notre société.

Je suis émue de voir les gens se sentir concernés par la mort de George Floyd mais des George Floyd en France il y en a aussi. Chacun de nous peut oeuvrer pour changer les choses. De la même façon que l’égalité des sexes passe par l’éducation des garçons, le racisme c’est un travail sur les clichés véhiculés.

Je vous embrasse.

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